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Les personnalités marquantes de l'AS Saint-Etienne (41e portrait): André Buffard et l'affaire de la caisse noire ->


Cette semaine : André Buffard


André Buffard est né le 28 novembre 1948 à Saint-Etienne. Avocat pénaliste de renom dans sa ville natale, il est également un amateur de football et un fervent supporter de l’AS Saint-Etienne. Aussi, c’est avec enthousiasme qu’il accepte de s’occuper du journal « ASSE-Actualités » à partir de juin 1978 à la demande d’Henri Fiéloux, vice-président du club. Ayant côtoyé Charles Paret, le directeur administratif, peu avant sa mort en 1977, il avait eu vent du changement de cap qu’entendait mener Roger Rocher, le président, avec toutes les conséquences que cela pouvait avoir sur l’avenir de l’ASSE. Néanmoins, malgré les craintes plus ou moins avouées déjà à l’époque, Buffard se lance sans retenue dans l’aventure. Au même moment, Rocher décide de l’intégrer au conseil d’administration et il devient donc également dirigeant bénévole.
A la même période, le président a l’ambition de réformer le mouvement des Associés qui est un véritable vecteur commercial permettant au club d’engranger des revenus non négligeables avec la vente des premiers produits dérivés made in ASSE. Rocher veut donc avoir la main mise sur cette Amicale, unique en France, grâce à une convention rédigée par André Buffard lui-même. En échange d’une présence au conseil d’administration, l’ASSE peut gérer à sa guise les bénéfices convoités. Le premier homme convié à siéger au nom des Associés Supporters s’appelle Jacques Chopin qui, en 1982, commence à s’opposer aux décisions du Président devenu de plus en plus omnipotent. Le personnage devient gênant et son remplacement par un certain J.F. Esten considéré comme plus malléable par les dirigeants stéphanois est envisagé. Les Associés méprisés par Rocher, qui envoie une lettre insultante en direction des récalcitrants, commencent à se rebeller pour devenir, petit à petit, un réel courant de protestation.

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André Buffard dénonce les dérives du système Rocher

Roger Rocher devient de plus en plus tyrannique avec ses collaborateurs leur faisant peut-être payer ses échecs professionnels récents (sa société, la SFTP, vient d’être mis en liquidation judiciaire). La politique commerciale qu’il entend mener pour l’avenir du club (le partenariat avec la société IGM-Mc Cormack) est pour beaucoup une voie sans issue et ce d’autant plus que des soupçons de malversations financières se font de plus en plus pressants. André Buffard enregistre tous les mécontentements et sent qu’il faut dénoncer les dérives du système en place. Pour toutes ces raisons, le 17 mars 1982, Buffard, Henri Fiéloux (qui a entre-temps démissionné de son poste) et Serge Epitalon (membre du conseil d’administration de l’ASSE) se rencontrent afin de mettre en place un plan d’action. Après cette entrevue, les trois hommes s’assurent rapidement une majorité au sein du conseil d’administration prévu le 5 avril 1982 et ils obtiennent le soutien de Pierre Garonnaire ainsi que celui de Robert Herbin qui en tant que salariés du club, se tiendront néanmoins à l’écart de l’agitation à venir. Les « sécessionnistes » prennent alors rendez-vous avec le président le 31 mars 1982 afin d’officialiser leur action. Ce dernier est déjà au courant des tractations en coulisse informé par Pierre Fourneyron, un fidèle industriel local, arrivé au comité directeur deux ans auparavant.
La confrontation a lieu au bureau du vice-président, Louis Arnaud, à Sorbiers. Sont présents André Buffard, Henri Fieloux, Louis Arnaud, Roger Rocher et Georges Charra, autre membre du comité directeur chargé des relations avec les spectateurs, également très attaché à son président. Les mutins mettent tous les griefs sur la table à la grande stupéfaction de Rocher qui ne s’attendait pas à pareille rébellion et qui n’a dès lors qu’une envie : briser la contestation. Les protagonistes promettent néanmoins de se revoir avant la tenue du conseil d’administration. Ils n’en auront pas le temps car la machine médiatique s’est mise en marche emportant tout sur son passage.

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, Jacques Vendroux et Eugène Saccomano, d’imminents journalistes sportifs, mis au courant des événements, sont à Saint-Etienne pour recueillir les divers témoignages. Ils ont eu Rocher qui a parlé de complot et Buffard qui est resté vague. C’est Jacques Chopin qui déballe toute son amertume sur les antennes radio. L’information fait la Une de tous les quotidiens le 1er avril 1982 lançant une bombe dont l’explosion a retardement aura des conséquences incalculables. Averti, le maire communiste de Saint-Etienne, Joseph Sanguedolce, rend public un communiqué de soutien envers Rocher. Son premier adjoint, Paul Chomat, affirme même que ce sont des ambitions municipales qui ont poussé André Buffard à agir.
Le conseil d’administration du 5 avril accouche d’une souris. Rocher apparaît en conciliateur, promet d’être moins dictatorial, s’excuse auprès des Associés qu’il a offensés. Il confirme qu’il perçoit des indemnités de la part de l’ASSE, révélation qu’il avait toujours caché jusque-là. Il accepte de revoir l’accord avec Mac Cormack qu’il qualifie d’avant projet, minimise les difficultés financières du club et il justifie le salaire d’Yvan Curkovic, payé 25000 francs par mois alors que ses responsabilités sont bien floues.
Herbin est également entré en conflit avec son président et le 9 avril, sa villa est méticuleusement fouillée, ses chiens drogués. Le message est clair. Le 15 avril, Buffard et Fiéloux rencontrent les représentants d’IMG et ils apprennent que Rocher a bien signé un accord avec eux contrairement à ce qu’il avait affirmé au conseil d’administration. Le 23 avril, une autre rencontre est organisée avec le président de la FFF, Fernand Sastre, le président de la Ligue Nationale de Football, Jean Sadoul et l’opposition. L’existence d’une caisse noire est alors supputée. Elle serait de 8 millions de francs et pour l’intérêt supérieur du football, il vaudrait mieux que tout le monde s’arrange pour en minimiser la portée.
Pierre Guichard, le fondateur du club, fait alors savoir qu’il souhaite une réconciliation entre Rocher et Herbin. Il rencontre successivement tous les protagonistes dont Buffard en espérant des concessions de part et d’autres mais il évite de prendre parti dans la crise. Il est informé par son petit-fils, Yves Guichard, qui pourrait le cas échéant rendre service si le besoin s’en faisait sentir. Le 6 mai, l’avocat apprend par un confrère, Jean-Pierre Cochet qui s’occupe des intérêts de Rocher comment sont utilisés les fonds provenant de cette caisse noire. Il lui confirme que son client envisage de licencier Herbin et Garonnaire. Toutes ces informations obligent le clan des « Buffardistes » à convoquer un nouveau conseil d’administrations pour le 17 mai où il sera question de la gestion financière et des licenciements envisagés. La veille, une vingtaine de membres du conseil se réunissent chez Jean-Pierre Canivet à Saint-Priest en Jarez. Buffard à leur tête, leur détermination est totale et ils le font savoir à Jean Brunel, le trésorier du comité directeur de l’ASSE. Invités, Garonnaire et Herbin précisent leur pensée. Mis en minorité, Rocher doit s’attendre à rendre des comptes sur cette fameuse caisse noire le lundi 17 mai. Acculé, peu avant le conseil, le Président donne rendez-vous à Fieloux et Buffard à Sorbiers chez Arnaud. Il leur annonce l’intention de démissionner le soir même en espérant que tous sauront laver leur linge sale en famille. Il confirme cette démission lors du conseil d’administration et l’intérim est assuré par Fiéloux et Buffard.

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Poussé vers la sortie par le clan Buffard, Rocher démissionne le 17 mai 1982

La première tâche de ce duo est de boucler le budget de la saison 1982-83 et de valider les comptes de la saison écoulée à condition d’obtenir les chiffres que la direction sortante renâcle à fournir. Le 30 mai, en marge de l’assemblée générale annuelle de la Ligue nationale et de la FFF, la rumeur d’une caisse noire de 800 millions de centimes à Saint-Etienne commence à circuler dans les rédactions. Le 9 juin, une médiation assurée par Jean Sadoul et Fernand Sastre est organisée à Paris en présence entre autres de Rocher, Buffard ou Jean Brunel. Les comptes présentés à cette occasion par Rocher-Arnaud sont minorés et surtout sans justificatifs disponibles mais on conjure les protagonistes de trouver un terrain d’entente pour l’avenir du club et pour la sérénité des internationaux stéphanois qui préparent le Mondial en Espagne. Evidemment les commissaires au compte refusent de les enregistrer. A leur retour, Fiéloux et Buffard rencontrent le maire de Saint-Etienne. Ce dernier ne cache pas son agacement et il redoute que cette affaire ne ternisse la fin de son mandat.
Le conseil d’administration du 5 juillet tourne à l’absurde car Rocher, qui y participe, a décidé de contre attaquer. Il veut reprendre la main sur son club peut-être pour enterrer cette affaire de caisse noire qui est en train de pourrir la fin de son règne. La guerre est alors déclarée avec André Buffard qui devient la cible numéro 1 puisque les intentions de l’avocat sont désormais claires : faire toute la lumière sur les arrangements financiers passés pour corriger les erreurs commises. Ce dernier reçoit des lettres anonymes, des messages sur son répondeur menaçants et sa famille est également inquiétée. Ils sont jugés suffisamment sérieux pour que sa famille (il a un fils de deux ans) bénéficie d’une surveillance policière stricte.
Le 9 août Henri Fiéloux est élu président du club et André Buffard vice-président. Ils se portent partie civile au nom de l’ASSE lorsque Rocher est obligé le 18 août de confirmer l’existence d’une caisse noire devant le SRPJ de Lyon. Le 16 novembre, ce dernier est inculpé d’abus de confiance, d’abus de biens sociaux, de présentation de faux bilans, etc… Cette caisse noire est désormais évaluée à 23 millions de francs par la justice. Le 18 novembre, Buffard donne une conférence de presse pour promouvoir un candidat indépendant au poste de président du club. Il songe à Yves Guichard. Au même moment, André Laurent, un industriel local, annonce qu’il a l’intention de briguer le poste à la prochaine assemblée générale prévue le 27 novembre.

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Henri Fiéloux élu président le 9 août 1982

Cette assemblée, qui a lieu finalement le 5 décembre, consacre la victoire de Rocher qui a fait à cette occasion un discours grandiloquent où il s’érige en victime. Sa colère éclate lorsqu’il est interpellé par Chopin et il faut l’arrêter pour l’empêcher de se jeter sur son contradicteur. C’est un des lieutenants de Rocher, Pierre Fourneyron, qui est élu président (A cause de son inculpation, l’ex président des Verts est interdit d’exercer tout mandat associatif). Pierre Fourneyron démissionne dès le lendemain officiellement parce qu’il ne peut pas composer avec les amis de Buffard qui ont, malgré tout, gardé la majorité au conseil d’administration. Avec l’appui de la mairie, Paul Bressy, un autre Rocheriste, lui succède le 9 décembre. André Buffard est disposé à prendre du recul écoeuré par la dernière rumeur répandu par des âmes malveillantes. Si les caisses sont vides c’est entièrement de sa faute car l’administration qui a assuré l’intérim a distribué des sommes exagérées à plusieurs joueurs professionnels (Larios, Gardon et Janvion) et a dilapidé en quelques mois les derniers deniers. La vérité est qu’elle a du assurer (officiellement cette fois-ci) les engagements financiers pris par l’ancienne direction ce qui a encore plus affaibli les comptes déjà chancelants de l’ASSE.

Par personne interposée, Rocher peut alors régler ses comptes. Garonnaire, Gardon et Herbin sont remerciés dès le début de l’année 1983. Ce dernier apprend même son licenciement avant d’être convoqué par son président. Des joueurs comme Larios qui avaient pris faits et causes pour leur entraîneur sont également priés d’aller voir ailleurs. Paul Bressy rencontre Buffard car il veut obtenir les pleins pouvoirs mais ce dernier refuse de les lui accorder sachant qu’on envisage de rappeler Curkovic. Entre-temps, Sanguedolce, le maire communiste perd les élections municipales alors qu’il était grandissime favori. La situation économique de la ville et le bourbier de l’ASSE dans lequel il s’est enlisé lui ont été fatals. Le 11 avril, Buffard favorise l’entrée au conseil d’administration d’André Laurent représentant une nouvelle génération ayant l’avantage de ne pas être compromise. De nouveau chahuté lors du conseil d’administration du 2 mai, Paul Bressy démissionne persuadé qu’il sera conforté lors d’une nouvelle élection. Malheureusement pour lui, le soir-même, c’est André Laurent qui est nommé président avec la bienveillance de Buffard. Il espère que cette direction indépendante saura résister aux différentes pressions et enfin mener une politique salutaire pour le club, bien mal en point.
Avec André Laurent, l’AS Saint-Etienne repart pour un nouveau cycle mais le club va mettre plus de 20 ans à retrouver une sérénité mise à mal par cette affaire de la « caisse noire ».
André Buffard a seulement eu la force de dénoncer les agissements délictueux de Roger Rocher. Son action a certainement évité que l’ASSE, au bord du gouffre au début des années 80, ne sombre définitivement. Il ne fait nul doute aujourd’hui qu’après avoir mené les Verts au firmament, Rocher a failli causer la mort de son club et seul l’intervention impopulaire de l’avocat a permis d’enrayer la spirale infernale.

A suivre : André Laurent


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