Voici le vip demandé :
Personnalité : Yvan CURKOVIC
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Yvan Curkovic
Yvan Curkovic est né le 15 mars 1944 à Mostar (Bosnie). Quoique modestes, ses parents lui ont donné une éducation axée sur les valeurs humaines et l’importance du mot travail. Alors qu’Yvan semble destiné à devenir joueur de football professionnel en tant que gardien de but (il signe son premier contrat le 15 mars 1960 au Velez Mostar le jour de ses 16 ans) son père exigera qu’il termine ses études d’architecture. Accessoirement, ce dernier lui procure également un emploi d’été dans la bâtiment et Yvan se retrouve employé dans la construction du futur stade dans lequel il évoluera en tant que titulaire.
Après des débuts remarqués lors de la saison 1960-61 (il joue dix rencontres successives), il doit céder sa place à son remplaçant plus expérimenté. Cette rétrogradation aurait pu le destabiliser, elle lui a surtout permis de repartir de l’avant et en avril 1961, il rentre à la mi-temps du match contre le Partizan Belgrade. Les critiques élogieuses de la presse malgré la défaite le consacrent alors définitivement. Sa progression est constante. D’abord international junior, il est sélectionné dans la grande équipe de la Yougoslavie puis pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. A cette occasion, il rencontre la Hongrie, futur vainqueur de l’épreuve où évolue un dénommé Palotaï, qu’il retrouvera en 1976, un certain 12 mai.
Cette même année, il est transféré au Partizan Belgrade où il est en concurrence avec Milutin Soskic, cinquante fois international, ce qui ne l’empêche pas d’être régulièrement titularisé. Malheureusement, il n’est que remplaçant lors de la finale de la coupe des Champions 1966 perdue contre le Real Madrid alors même qu’il est sélectionné pour la Yougoslavie la semaine suivante contre la Tchécoslovaquie. Après le départ de Soskic pour Cologne, il devient le titulaire à part entière et bénéficie de l’arrivée de Stjepan Bobek, un entraîneur monumental. Avec Anta Skovic, entraîneur des gardiens, il façonne un goal répondant aux exigences du football moderne. Curkovic devient alors un joueur complet, sorte de premier arrière de la défense, qui devient une référence dans son pays jusqu’à ses vingt-huit ans où il peut alors proposer ses services à l’étranger comme le règlement lui le permet.
Plusieurs clubs, et non des moindres, sont intéressés pour recruter un élément aussi expérimenté. On a le Sporting Lisbonne, Hanovre, Brême, le Herta Berlin où Bastia avec lequel le Partizan avait déjà signé un protocole d’accord pour un prochain transfert de Curkovic sur l’île de Beauté. Puis Saint-Etienne s’est manifesté par l’intermédiaire de Pierre Garonnaire. De son côté, Yvan doit résoudre plusieurs dilemmes avant d’accepter de s’expatrier. Le premier, et non des moindres, est de dire adieu à toute sélection nationale et la possibilité de jouer une coupe du monde alors qu’en 1971, il est au sommet de son art. Le deuxième est de refuser un contrat en or que lui propose le Partizan, une offre qui n’avait jamais été faite auparavant pour un gardien de but. Le troisième est de pouvoir choisir sa destination alors que tous les clubs lui proposent à peu près des conditions similaires.
Finalement son choix se porte sur Saint-Etienne, conseillé par son ami Vladimir Durkovic qui lui a vanté les mérites des Verts plutôt que Bastia qui a eu l’outrecuidance de négocier avec un autre gardien yougoslave, Pantelic. Curkovic a également apprécié les attentions stéphanoises notamment après sa blessure, une fracture de la machoire, qui aurait pu rebuter pas mal de candidats.

Curkovic, un travailleur acharné qui ne pouvait que réussir à l’ASSE
Yvan Curkovic débarque à Saint-Etienne le 18 juin 1972 et il faut croire qu’à cette époque l’AS Saint-Etienne avait vraiment des soucis pour accueillir ses nouveaux joueurs car comme pour Salif Keita ou Oswaldo Piazza, il n’y avait personne pour l’attendre à son atterrissage. Il ne retrouve ses partenaires que le lendemain et il part immédiatement en stage où il fait chambre commune avec Aimé Jacquet qui le prend sous son aile. C’est d’ailleurs ce dernier qui est chargé de lui annoncer, trois jours après son arrivée, alors que le Yougoslave ne parle pas un mot de français, l’assassinat de Durkovic abattu par un policier ivre en Suisse.
A l’occasion de son premier match amical contre les Suédois d’Avitaberg, l’ASSE l’emporte 3-2 et Curkovic arrête même un penalty mais manifestement son entente avec la défense stéphanoise qui pratique un marquage de zone, tactique qu’il n’apprécie guère, n’est pas parfaite. Au point de susciter un commentaire peu élogieux de la part de Roger Rocher qui adresse à Pierre Garonnaire un laconique « alors c’est ça Curkovic ?».
Pour travailler au plus vite ses automatismes et s’intégrer avec son équipe, Curkovic s’oblige à apprendre vingt nouveaux mots de français par jour. Et ce qu’il ne sait pas exprimer oralement, il le traduit à l’aide de croquis qui lui permettent de mieux se faire comprendre de ses partenaires. Rapidement, il démontre une volonté à toute épreuve et un caractère en acier trempé. Il attire alors tous les suffrages car en bourreau de travail, il s’astreint à des séances d’entraînement herculéennes. Il devient naturellement un des principaux relais d’un nouvel entraîneur, Robert Herbin, qui débute dans la fonction et il contribue par son implication et sa motivation à fabriquer cette équipe qui, après une première saison 1972-73 de transition, commence à faire sa loi en France. En 1974, l’ASSE remporte le premier titre de champion de France accompagné par une victoire en Coupe de France qui lance les Verts vers la légende.
Grâce à la coupe d’Europe et notamment à l’épopée 76, Curkovic dépasse ses illustres prédécesseurs qui ont gardé les buts stéphanois comme Claude Abbes ou Georges Carnus pour ne citer qu’eux. Sa prestation en demi-finale de la coupe des champions à Eindhoven le fait accéder même au rang de mythe. Ce soir-là , il est sur un nuage, littéralement invulnérable. A lui tout seul, il écoeure les Hollandais qui se heurteront à un mur. Son duel avec Edstrom, le géant suédois, a tourné court lorsqu’il l’a percuté sur une sortie aérienne. Geste intentionnel ? Il s’en défend encore aujourd’hui mais cela a bien arrangé les choses.

PSV-ASSE, une prestation d’anthologie
C’est son apothéose car en finale il ne pourra rien contre le tir assassin de Roth mettant fin à une si belle aventure. Pendant quatre ans encore jusqu’en 1980, il est l’inamovible gardien des Verts ne laissant que des miettes à ses remplaçants. Mais les années passants, son influence devient moins prépondérante, les bonnes prestations alternants de plus en plus souvent avec des matches moins aboutis. Il est ainsi lobé sur sa ligne à Liverpool en tout début de rencontre en 1977. En 1979, un but à Strasbourg qu’il a toujours contesté lui fait jeter son brassard de capitaine. Il encaisse un but gag contre l’Aris Salonique quelques semaines plus tard. Son début de saison 1980-81 est difficile et après trois journées, Robert Herbin doit prendre la décision de le remplacer par son successeur désigné, Jean Castaneda.
Curkovic met ainsi fin à sa carrière sur un dernier titre de champion de France. Il reste toutefois dans l’encadrement technique du club à la demande de Roger Rocher pour lequel il est un conseiller aux missions relativement floues. Le président envisage un temps de le nommer directeur sportif avec des prérogatives rognant sur les responsabilités de Herbin et de Garonnaire. L’affaire de la caisse noire met un terme à ce projet et Curkovic, allié de Rocher, est également inquiété par la justice. Par la suite, il retourne dans son pays où il devient le président du Partizan Belgrade. Il est également conseiller à la FIFA et membre du comité national olympique de la Serbie. Il est même consul des Seychelles.
Le 5 avril 2005 à Belgrade, il reçoit des mains de son ex-partenaire, Michel Platini, la légion d’honneur devant une délégation des anciens joueurs de l’AS Saint-Etienne qui se sont déplacés tout spécialement pour l’occasion. Un point d’orgue pour une carrière exceptionnelle qui totalise un championnat de Yougoslavie (1965), quatre championnats de France (1974, 1975, 1976, 1981), trois coupes de France (1974, 1975, 1977) et dix sélections avec l’équipe de Yougoslavie. Rien que ça !

Curkovic reçoit la légion d’honneur des mains de Platini
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