Voici le vip demandé :
Personnalité : Oswaldo PIAZZA
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UNE ADAPTATION DIFFICILE
Oswaldo Piazza est né le 6 avril 1947 à Buenos Aires en Argentine. Arrière central dans le club de Lanus, il se crée une solide réputation qui lui permet d’être sélectionné dans l’équipe d’Argentine qui dispute la Coupe de l’Indépendance (sorte de mini-coupe du monde) au Brésil en 1972, compétition à laquelle participe d’ailleurs la France. Il totalise une quinzaine de sélections, la preuve qu’il est un élément de valeur. A la recherche d’un joueur expérimenté pour renforcer la jeune défense de l’ASSE, Pierre Garonnaire, a un œil sur ses performances. Il l’avait déjà remarqué dès le mois de mars 1972 grâce à des renseignements fournis par un certain Monsieur Ricard, Français installé depuis 1947 en Argentine.
L’Argentin est très tenté par une expérience en France mais son âge pose problème. En effet, il a alors vingt-cinq ans et la Fédération de Football Argentine (AFA) n’accepte que ses joueurs s’expatrient qu’à 27 ans révolus. Le défenseur international demande l’appui du sélectionneur Pizzuti mais les autorités font traîner les choses. Le recruteur stéphanois est obligé de se rendre sur place pour convaincre les instances du football argentine et obtenir, avec l’aide de Monsieur Bosso, président du club de Piazza, l’autorisation de faire signer Oswaldo pour une durée de sept ans (conformément au souhait du joueur qui voulait un contrat de longue durée). Le transfert a coûté 75000 dollars dont 10% sont revenus au joueur lui-même qui a rétrocédé la moitié à ses coéquipiers comme le voulait la tradition.

Signature de Piazza
A son arrivée sur le sol français à l’aéroport d’Orly, il rate son rendez-vous avec Garonnaire qui le retrouve donc le lendemain dans son hôtel stéphanois. Il le convie le soir même à disputer une rencontre amicale avec l’ASSE à Berne dans le cadre de la Coupe d’Eté. Il n’est pas réellement transcendant comme le seront la plupart de ses apparitions suivantes.
Pourtant à l’entraînement, Herbin se rend compte qu’il dispose d’un véritable phénomène à l’allure d’un déménageur avec des qualités physiques hors du commun et un moral en acier. Pour les débuts de son nouvel étranger, L’entraîneur stéphanois lui avait concocté une préparation particulière à base de passes complètement ratées que le joueur s’était quand même évertué à rattraper sans se plaindre. Le coach avait l’intime conviction d’avoir une véritable perle rare, l’un des meilleurs à l’entraînement, et inexplicablement en match, il accomplissait des prestations médiocres où se mêlaient d’incroyables déchets techniques et des fautes de placement de débutant.
Dans son club argentin, il évoluait en tant que défenseur central pratiquant une couverture alternée avec son compère de l’axe. A Saint-Etienne, il était surtout utilisé comme stoppeur au marquage de l’avant centre adverse et ses erreurs de placement n’étant plus corrigé par le libéro, il en résultait des trous béants au sein même de la défense avec des conséquences catastrophiques.
Pour le familiariser au mieux avec ses nouveaux équipiers, Herbin a utilisé ce colosse comme libéro mais également comme milieu de terrain voire même ailier droit sans aucun résultat tangible. Ces performances étaient toujours aussi peu convaincantes. Dans un premier temps, les dirigeants ont cru qu’il s’agissait juste d’un temps d’adaptation rendu plus long avec la barrière de la langue, un climat différend dans le Forez, un éloignement de sa terre natale que sa femme supportait difficilement. Au bout de trois mois, aucune amélioration notable n’est enregistrée. Il est alors décidé que si à la fin de la saison, l’Argentin ne s’intègre pas mieux dans l’équipe stéphanoise, il ne sera pas conservé.
Cela aurait été certainement la pire erreur de l’histoire de l’ASSE. Le coach stéphanois a beaucoup tâtonné mais il a enfin trouvé la bonne formule en associant en défense centrale Christian Lopez et Oswaldo Piazza. L’Argentin pouvait alors imposer sa masse athlétique, son dynamisme et satisfaire sa propension à aller vers l’avant en toute confiance parce qu’il avait à ses côtés un libéro dont la rigueur, la sûreté dans le placement et la rapidité dans les interventions lui permettait d’évoluer sans aucune appréhension. A partir de ce moment-là , on a découvert un tout autre joueur qui devient rapidement un des éléments essentiels du groupe.

Oswaldo Piazza
DES CHEVAUCHES FANTASTIQUES
Il reproduit enfin en compétition toute la panoplie qu’il était capable de déployer à l’entraînement avec en prime sa générosité, sa bonne humeur et sa faculté à mieux faire jouer ses partenaires. Il apporte également sa touche personnelle qui en fait rapidement une des coqueluches du stade Geoffroy Guichard. Lorsque le besoin s’en fait sentir, il est l’auteur de montées rageuses, balle au pied, émerveillant le public stéphanois qui pousse alors des rugissements de plaisir. Herbin encourageait ces initiatives car elles avaient le don de réveiller l’équipe qui avait parfois tendance à s’endormir sur ses lauriers.
Oswaldo Piazza devient un titulaire indiscutable, celui à partir duquel on construit une équipe. Herbin n’a jamais transigé avec ses joueurs titularisant ceux qui étaient le plus aptes à jouer sauf avec l’Argentin qu’il a aligné parfois diminué tellement il s’était rendu indispensable. Ce fut le cas le week-end précédent le match retour contre Hajduk Split en 1974 où Piazza a tenu sa place contre Lyon au marquage de Bernard Lacombe alors que son genou le faisait souffrir.
Depuis, le stoppeur a rendu cette confiance au centuple. En plus d’écoeurer la plupart des attaquants adverses, il s’est montré décisif à de nombreuses occasions. Cela a été le cas notamment lors de la finale de la coupe de France 1975 contre Lens où il ouvre le score à la suite d’un une-deux qu’il a lui-même sollicité. Il est à la réception du sauvetage de Christian Lopez face à Blockhine contre le Dynamo Kiev en 1976 où il remonte le ballon pour se retrouver à la conclusion avec Hervé Revelli laissant ce dernier marquer le premier but du futur exploit. C’est lui qui marque les seuls buts des doubles confrontations contre le CSKA Sofia et le PSV Eindhoven permettant aux Verts de se qualifier en quart de finale de la Coupe des Champions en 1977.
But de Piazza contre Lens en finale de la Coupe de France 1975
Parmi ses duels homériques, on retiendra plus particulièrement celui qu’il a livré avec…l’arbitre hongrois Karoly Palotaï, celui qui a officié lors de la finale de la Coupe des Champions contre le Bayern Munich en 1976. C’est lui qui siffle la faute sévère de Piazza contre Gerd Muller permettant aux Bavarois d’inscrire le seul but du match. C’est lui qui administre un carton jaune au stoppeur stéphanois (cette fois-ci mérité) à l’occasion du match aller contre Liverpool en 1977, synonyme de suspension pour le retour à Anfield Road. On se souvient tous de l’image d’un Piazza à genou implorant un pardon inutile envers un arbitre intransigeant. Son aura est tellement grande qu’il suscite une admiration sans borne. Une chanson à son intention « Mon Copain l’Argentin »écrite par Bernard Sauvat voit même le jour comme un témoignage sans équivoque de la popularité de ce joueur fantasque et attachant dont Herbin estime encore aujourd’hui qu’il aura été l’élément déterminant de l’épopée des Verts.
En 1979, à la fin de son contrat, il demande son départ pour l’Argentine car sa femme a trop la nostalgie du pays. Les adieux sont émouvants à Geoffroy Guichard qui lui fait une des plus grandes ovations jamais délivrées à un joueur ayant porté le maillot vert. Chacun y va de sa petite larme même l’entraîneur stéphanois, pourtant connu pour sa froideur, se laisse submerger par l’émotion. Il sent confusément que la succession de son défenseur central sera lourde à porter et son remplacement problématique. Il ne s’est pas trompé. Les Verts ont construit par la suite une équipe portée naturellement vers l’offensive en négligeant d’accorder de l’importance aux joueurs à vocation défensive créant un manque flagrant de complémentarité entre les différentes lignes d’où les difficultés à retrouver un standing digne des années de gloire.

ASSE-Liverpool 1977, Piazza à genoux devant l’arbitre
Oswaldo Piazza a continué sa carrière sans retrouver toutefois les sommets qu’il avait côtoyé dans le Forez. Après trois saisons au Velez Sarsfield, il est revenu en France pour une dernière pige à Corbeil-Essonne où il est devenu entraîneur joueur sans pour autant éviter la relégation pour son club. D’autres expériences à la tête de plusieurs équipes sud américaines lui ont donné une réputation significative avec des résultats parfois brillants. Il a quand même failli devenir l’entraîneur de l’AS Saint-Etienne en 2000 mais il n’a pas pu se libérer de son contrat en cours. Il est revenu dans les bagages de Bernard Caïazzo en 2004 qui en a fait son ambassadeur itinérant en Amérique du Sud même si l’association n’a pas eu l’impact escompté. Oswaldo Piazza n’en demeure pas moins un des joueurs étrangers les plus charismatiques de l’histoire de l’ASSE. Il a marqué toute une génération de supporters qui rêvent encore aujourd’hui de retrouver sur les pelouses de Geoffroy-Guichard un élément capable d’entamer des chevauchés aussi fantastiques.
Sa fiche sur le site anciensverts.com
Oswaldo Piazza
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