Voici le vip demandé :
Personnalité : Georges CARNUS
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LE PREMIER GARDIEN DE BUT FRANÇAIS DE l’ERE MODERNE
Georges Carnus est né le 13 août 1942 à Gignac-la-Nerthe. Il fait ses premières armes à l’US Marignane avant de s’imposer chez les professionnels d’Aix en Provence en 1959. Gardien d’avenir, il rejoint la capitale où il signe au Stade Français en 1961. Même si son équipe n’obtient pas des résultats mirobolants, il parvient à tirer son épingle du jeu. Sa souplesse, ses réflexes et sa sûreté de main en font rapidement un des meilleurs spécialistes du poste. Naturellement, il obtient sa première sélection en équipe de France le 28 avril 1963 où il doit remplacer le portier, habituel titulaire, Pierre Bernard, forfait. Il a le redoutable privilège, pour une première, d’affronter à Colombes devant plus de 50000 spectateurs, les champions du monde en titre, le Brésil et son phénomène Pelé. L’attaquant brésilien le met au supplice en signant un triplé dont un penalty même s’il doit s’y reprendre à deux fois pour le transformer.
En 1967, il est contacté par l’AS Saint-Etienne qui recherche un gardien pour remplacer Pierre Bernard, en fin de carrière. Albert Batteux, le nouvel entraîneur du club, en a fait sa priorité. Georges Carnus accepte rapidement la proposition stéphanoise car enfin, il peut jouer dans une équipe susceptible de lui permettre de gagner des titres alors que jusqu’à maintenant, malgré des qualités unanimement reconnues, son palmarès est resté désespérément vierge.

Georges Carnus
Il se fond immédiatement dans le collectif imaginé par Albert Batteux. Il apporte toute son expérience et son énergie pour que les Verts conservent leur titre. Non seulement cet objectif est rempli sans beaucoup de difficultés mais il est également un des maillons essentiels ayant permis à l’ASSE d’être la défense la plus hermétique de France en 1968, 1969 et 1970. Avec l’AS Saint-Etienne, il remporte 3 championnats (1968,1969, 1970) et deux Coupes de France (1968, 1970). Il est le prototype du gardien de l’ère moderne : bon sur sa ligne, sobre dans ses interventions, spécialiste des arrêts sur penalty et premier défenseur quand il le faut.
Non content d’être considéré comme le meilleur gardien de l’hexagone, il est même désigné en 1970 comme le meilleur joueur français. C’est la première fois que cette distinction n’est pas attribuée à un joueur de champ. Elle lui sera de nouveau décernée l’année suivante. En janvier 1971, avec l’équipe de France, il entame une tournée triomphale en Amérique du Sud où les Français affrontent par deux fois les Argentins. Lors du premier test, la France l’emporte pour la première fois de son histoire face à l’Argentine. Ce n’est pas tout ; à l’occasion d’un match de préparation à Lima, Georges Carnus écoeure tellement les attaquants adverses par des arrêts de grande classe qu’il assure à lui seul le match nul alors que son équipe était aux abois pendant la dernière demi-heure. Le public subjugué par son talent l’aurait même incité à faire un tour d’honneur si les autorités locales lui en avaient laissé la possibilité. Dès lors, Georges Carnus n’a plus aucune concurrence. Il règne en maître absolu dans la surface de réparation française.
Fort de ce nouveau statut, il entame avec la direction de Saint-Etienne des négociations pour renouveler son contrat qui s’achève en juillet 1971. Evidemment, il espère que ses émoluments seront revus à la hausse et il fait à cette occasion une proposition qu’il juge conforme à sa valeur. Malheureusement pour lui, Roger Rocher ne l’entend pas de cette oreille et les discussions traînent en longueur. Devant cette indécision, il finit par donner son accord moral pour jouer à Marseille la saison suivante ayant l’assurance de percevoir le salaire qu’il avait demandé.

Georges Carnus dirige sa défense
GEORGES CARNUS DANS LA TOURMENTE
Autant on peut écrire que Roger Rocher n’avait pas l’intention de tout tenter pour conserver Bernard Bosquier, également concerné par les tractations en cours, autant on peut affirmer que le président de l’AS Saint-Etienne ne comptait absolument pas se séparer de son gardien international car il n’y avait tout simplement pas d’équivalent sur le marché des transferts à l’époque. On peut alors supposer que, si cette affaire était restée confinée à l’arrière-plan, elle aurait pu avoir une issue heureuse même s’il était difficile d’imaginer que Georges Carnus renonce à une parole donnée. Pour preuve, le président avait fini par s’aligner sur la proposition la plus favorable au joueur.
Malheureusement, le 6 mai 1971, la presse régionale dévoile les intentions de départ des deux internationaux de l’ASSE. Peu habitué à ce genre d’esclandre, influencé par des médias avides de sensations, le public stéphanois se déchaîne contre Carnus qui est accusé de tous les maux et notamment de trahison.
Et ce 9 mai 1971, le gardien est obligé de subir les insultes de ses propres supporters à l’occasion de la rencontre à domicile contre Bordeaux. Dès le début du match, il est pris à parti par une frange du public particulièrement vindicatif à son égard. Révolté ou traumatisé, on le sent fébrile et ses premières interventions n’inspirent guère confiance. Pourtant, tout avait bien commencé puisque Georges Bereta puis Salif Keita avait donné un avantage qui aurait du sembler suffisant pour se mettre à l’abri.
Tout est remis en cause lorsqu’à quatre minutes de la mi-temps, Bordeaux réduit le score par l’intermédiaire de Ruiter qui a fusillé un Georges Carnus étrangement passif. En seconde période, Jensen et Ruiter renversent définitivement la tendance infligeant une cruelle défaite aux hommes d’Albert Batteux.

ASSE-Bordeaux, Georges Carnus crispé
Au retour, dans les vestiaires, une véritable chape de plomb s’est déployée autour de l’effectif stéphanois. Les portes sont restées closes à l’initiative de Roger Rocher dont les paroles doivent rester entre les quatre murs. Elles pourraient choquer quelques oreilles indiscrètes ou trop délicates. Au bout d’une vingtaine de minutes, finalement, les journalistes peuvent prendre possession des lieux et Gérard Ernault s’installe auprès de Georges Carnus pour l’interroger. Il fait parti de ces journalistes dont on loue le professionnalisme tout le contraire de ces reporters en mal de sensations fortes qui ne sont là que pour attiser les conflits. Alors que s’est-il passé pour que Roger Rocher l’expulse manu militari ? Quelle question a-t-il posé pour provoquer la colère du président ? A moins qu’il n’ait tout simplement payé pour son appartenance au magazine « BUT » qui a été crée par Marcel Leclerc, le président de l’OM, prochaine destination de Georges Carnus.
Même s’il a regretté son geste colérique, il n’en reste pas moins impardonnable comme l’est tout autant l’attitude d’une poignée d’irréductibles qui a attendu la sortie du gardien stéphanois. Il n’a pu rejoindre sa voiture que grâce à un cordon de sécurité lui évitant d’être pris violemment à parti. Affligeant. Pas rancunier, par amour propre, il donne rendez-vous à ceux qu’il a déçu pour le prochain match contre le Red Star et promet de tout faire pour que l’ASSE remporte un cinquième titre consécutif.
Roger Rocher ne lui en laissera pas le temps car il prononce son licenciement ainsi que celui de Bernard Bosquier le mercredi 12 mai 1971 par une décision dont le tragi-comique aurait pu prêter à rire si les conséquences n’avaient été aussi désastreuses. C’est la fin brutale d’une époque que les Verts avaient outrageusement dominée.
Pour sa part, Georges Carnus s’en va exercer son talent à Marseille où il ajoute de nouvelles lignes à son palmarès (doublé coupe-championnat en 1972). En 1974, il est obligé de mettre fin à sa carrière à la suite d’un terrible accident de voiture sur la route des vacances qui le blesse gravement et tue sa femme ainsi que sa fille. Remontant doucement la pente, surmontant la douleur, il officie quelques années chez Adidas avant de prendre la direction de Monaco où il entre dans la cellule recrutement du club.
On ne retiendra de Georges Carnus que son extraordinaire talent qui ont fait de lui, notamment lors de son passage à Saint-Etienne, un des gardiens les plus sûrs de sa génération, considéré par certains comme l’un des tous meilleurs d’Europe.
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