Voici le vip demandé :
Personnalité : Kees RIJVERS
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SAINT-ETIENNE A L’HEURE HOLLANDAISE
UNE HISTOIRE DE CRAMPONS
Cornelis Bernardus Rijvers est né le 27 mai 1926 à Bréda au Pays-Bas. Il fait ses premiers pas dans le football de haut niveau dans le club de sa ville de naissance, le NAC Breda, dans lequel il reste cinq saisons de 1945 à 1950. Il s’impose rapidement au sein de l’attaque néerlandaise et obtient même sa première sélection en équipe nationale des Pays-Bas le 3 octobre 1946 contre le Luxembourg (6-2). Tout au long de sa carrière, il totalisera 30 capes pour 10 buts inscrits et fera même partie de l’équipe de Hollande disputant les premiers jeux olympiques d’après guerre en 1948 à Londres.
La côte de popularité de Rijvers commence tout naturellement à traverser les frontières. Déjà en 1945, Lille voulait s’attacher ses services mais il n’était pas libre n’ayant pas encore effectué son service militaire. En 1949, il refuse une proposition du Stade Français. Entre-temps, il a été sélectionné avec l’équipe du Reste du Monde devant affronter l’Angleterre. C’est dire le niveau qu’il a atteint.

Kees Rijvers
En 1950, Pierre Guichard, qui a repris la présidence de l’AS Saint-Etienne, dispose de ressources financières intéressantes grâce à la subvention accordée par la mairie. Conseillé par Gabriel Hanot, le père de la future Coupe d’Europe des clubs champions, et par Antoine Cuissard qui se souvient l’avoir affronté en 1947 lors d’un France-Pays Bas, rencontre à laquelle a d’ailleurs également participé René Alpsteg, Guichard rentre en contact avec Kees Rijvers. En moins d’une demi-heure, ce dernier accepte la proposition stéphanoise malgré les réticences des années 50 selon lesquelles les footballeurs néerlandais étaient forcément lésés lorsqu’ils partaient à l’étranger et qu’ils n’avaient aucune chance de s’épanouir hors de leurs frontières. Il faut dire qu’en Hollande, les joueurs hollandais étaient toujours amateurs. Aussi, Rijvers ne pouvait pas refuser le contrat de l’ASSE qui faisait de lui un joueur de football professionnel avec un salaire avantageux d’autant plus que les perspectives d’avenir du club semblaient alléchantes.
Ce sont Antoine Cuissard et Guy Huguet qui sont chargés d’accueillir Kees Rijvers à sa descente de train. Il est précédé d’une réputation flatteuse et justifiée qui fait de lui un des dix meilleurs attaquants européens. Pourtant quand il arrive avec sa femme, son enfant et son mètre soixante-trois, il n’est pas forcément impressionnant surtout qu’il est encadré par Cuissard et Huguet, qui eux sont des forces de la nature. Le supporter moyen peut dès lors se demander s’il n’y a pas eu tromperie sur la marchandise. En tous les cas, il arrive avec une innovation importante. Il a emporté avec lui une malle de cent kilos de crampons vissés, un accessoire quasiment inconnu à cette époque en France. A chaque déplacement, il en avait une grande quantité de tailles différentes dans son sac et il pouvait entrer dans de grosses colères quand il s’apercevait qu’il n’avait pas ceux qui lui convenaient. En effet, les Stéphanois découvrent rapidement une des caractéristiques du lutin stéphanois : en plus de posséder une technique hors norme, c’est un incorrigible insatisfait trouvant toujours des contrariétés sur lesquelles il se plaint continuellement.
Il lui faut une période d’acclimatation légitime car, rappelons-le, il ne connaît pas un mot de français mais son apprentissage est tout de même rapide car il assimile facilement les schémas de jeu du tout nouvel entraîneur, Jean Snella. Son entente avec Snella est parfaite et ce dernier a très bien compris comment utiliser les immenses qualités techniques de son attaquant. Le Hollandais, quant à lui, se fie entièrement au jugement de son entraîneur avec lequel il prend un grand plaisir à travailler. Il se lie d’amitié avec la plupart des joueurs de l’équipe et plus particulièrement avec les frères Alpsteg, De Cecco, Fernandez, Cuissard, Domingo ou encore Ferry ce qui ne pouvait que faciliter son intégration.
UNE CARRIERE DE JOUEUR ET D’ENTRAÎNEUR EXEMPLAIRE

1951. Premier buteur stéphanois de l’histoire des derbies
Il est titularisé pour la première fois en championnat le 17 décembre 1950 contre Lille (3e) alors que l’ASSE vient d’essuyer une terrible défaite au Stade Français (0-4). Les spectateurs émerveillés, découvrent un véritable tourbillon de fantaisie mettant au supplice les défenseurs adverses. Les Stéphanois, sans complexes, l’emportent facilement 5-1, infligeant aux Lillois leur plus lourde défaite depuis le début de la saison. Rapidement, on le surnomme « Trottinette » à cause de son jeu de jambe étonnant et de l’art du contrepied qu’il manie à la perfection. Il inscrit son premier but sous ses nouvelles couleurs le 7 janvier 1951 et il ne manque plus qu’une seule rencontre jusqu’à la fin de la compétition, participant activement au bon parcours des Verts en Coupe de France où ils atteignent la demi-finale.
Pendant ses trois premières saisons à Saint-Etienne, il est un des principaux artisans du renouveau du club qui laisse loin derrière lui les années de vaches maigres qui ont failli mettre fin à ses jours à la fin des années 40. Il quitte néanmoins le Forez pour une escapade à Paris au Stade Français où il reste deux années entières effectuant même une saison en 2e division. Il revient à L’ASSE en 1955 avec pour mission d’encadrer les nouvelles pousses qui pointent le bout de leur nez pour le plus grand bonheur de Jean Snella qui les a formés à cette intention. Avec Rachid Mekloufi et Eugène N’Jo Lea, il constitue un trio offensif redoutable qui lamine tout sur son passage. En 1957, l’ASSE remporte son premier titre de champion de France et Kees Rijvers obtient la distinction de meilleur joueur du championnat décernée pour la toute première fois par le journal France-Football. Il ne peut cependant pas participer à la Coupe d’Europe l’année suivante car il est rattrapé par le fisc français qui lui réclame des arriérés qu’il ne peut honorer. Il demande à l’ASSE de lui avancer l’argent nécessaire mais sa trésorerie est insuffisante. Il choisi donc de s’exiler au Feyenoord Rotterdam qui a accepté de prendre à son compte ses difficultés financières. Il n’apprécie pas la mentalité qui y règne et après avoir remboursé sa dette, il est tout heureux d’accepter de répondre à l’appel de Saint-Etienne en 1960 qui a de nouveau besoin de ses services.
Toutefois, cette dernière expérience n’est guère enthousiasmante. Jean Snella a quitté le navire et il rentre en conflit ouvert avec son successeur, René Vernier, qui était contre sa venue. Vernier est limogé et remplacé par François Wicart qui termine la saison. Henri Guérin entame la suivante sans que cela change fondamentalement la situation. L’ASSE ne parvient pas à quitter les profondeurs du classement et après une humiliante défaite à Lyon (0-4), il est lui aussi débarqué par Roger Rocher, le nouveau président du club, qui connaît un pénible baptême du feu. Domingo et Rijvers assurent alors l’intérim avant que Wicart ne serve à nouveau de pompier de service. A 36 ans, le Hollandais n’a plus les qualités techniques pour empêcher le club de descendre en deuxième division. Paradoxalement, l’ASSE remporte la Coupe de France en battant Nancy 1-0 mais, blessé, il ne participe pas à ce match.
Ainsi s’est terminée la carrière de Kees Rijvers à Saint-Etienne. Il n’a pas accompagné la plupart de ses équipiers en Deuxième division, Roger Rocher l’ayant exempté de cette tâche. On doit reconnaître qu’il n’y a pas eu une osmose parfaite entre les deux hommes même si le président débutant a recherché l’appui de son illustre attaquant lorsqu’il a fallu confier un temps les rennes de l’équipe à des éléments expérimentés. De l’autre côté, Rijvers n’était plus que l’ombre du brillant artiste drivé par Jean Snella et il a avoué bien des années plus tard n’avoir pas été impressionné par les compétences du dirigeant stéphanois.
L’histoire retiendra tout de même que Kees Rijvers a enthousiasmé les foules de Geoffroy Guichard au point d’être justement considéré comme le meilleur étranger ayant évolué à l’AS Saint-Etienne dans les années 50. Son talent associé à ceux de la génération 55-57 ont permis à l’ASSE de commencer son règne sur le football hexagonal alors que jusque-là , les Verts n’arrivaient pas à confirmer leurs bonnes dispositions. Il est par la suite retourné dans son pays d’origine où il a rapidement entamé une carrière d’entraîneur, influencé lui-aussi par les leçons du maître Jean Snella dont il assure, comme beaucoup de ceux qui ont suivi cette voie, qu’aucuns des techniciens qu’il a côtoyé ne l’a jamais dépassé.
Il s’est suffisamment distingué pour se voir confier dans le milieu des années 70, la direction du PSV Eindhoven qui a réussi, sous ses ordres, à supplanter le grand Ajax Amsterdam qui dominait alors le football européen. Caprices du destin, il s’est retrouvé par trois fois sur la route de l’AS Saint-Etienne en Coupe d’Europe. La première tentative aurait du être couronné de succès : on se demande encore comment le PSV a pu être éliminé en demi-finale de la Coupe des Champions en 1976 face à un adversaire qu’elle aura globalement dominé sur l’ensemble des deux matches sans toutefois parvenir à marquer. Les deux confrontations suivantes se sont révélées être des échecs cuisants surtout l’affrontement en Coupe de l’UEFA en 1979 où les Bataves ont été humiliés 6-0 à Geoffroy Guichard après avoir pourtant remporté la première manche 2-0.

Un entraîneur talentueux
Kees Rijvers, le « lutin stéphanois » ou encore « Trottinette » aura donc marqué directement ou indirectement l’histoire de l’AS Saint-Etienne pendant presque 30 ans.
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