Voici le vip demandé :
Personnalité : Pierre GARONNAIRE
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LE DECOUVREUR DE TALENTS
Pierre Garonnaire est né en 1916 à Saint-Etienne. Il passe son enfance dans le quartier de La Terrasse sans la présence de son père, mort peu après la guerre de 14-18. Il est élevé par sa mère qui tient une petite épicerie et qui le laisse jouer au football avec les copains sur la petite place du quartier. Il se fait suffisamment remarquer pour que Pierre Legalery, qui a été un temps le correspondant du journal l’Equipe, le fasse inscrire au Saint-Etienne Sporting Club où il effectue toutes ses classes, de la catégorie minime à la catégorie junior. En 1935, il rejoint l’AS Saint-Etienne, comme un certains nombres de bon joueurs de la région, qui ne sont pas restés insensibles aux sollicitations de Monsieur Juge, un patissier, ex-dirigeant du Saint-Etienne Sporting Club, parti en claquant la porte pour occuper le poste de président de la section amateur de l’ASSE. L’aventure peut donc commencer.

Pierre Garonnaire
Il effectue une jolie carrière au sein de l’équipe stéphanoise (1935-1945) essentiellement au poste d’arrière droit ou de demi droit. C’est un défenseur dur sur l’homme et qui ne déçoit jamais lorsqu’on fait appel à lui. L’époque difficile l’aura sûrement empêché d’obtenir des résultats à la hauteur de son implication mais il a su faire avec dans une période pas toujours drôle aux lendemains incertains. Et surtout, il fait une rencontre qui va changer le cours de sa vie. Saint-Etienne a recruté Jean Snella en 1938 pour faire bonne figure pour sa première saison parmi l’élite. Ces deux hommes seront inséparables dans les années 40, lors de la Seconde Guerre Mondiale où les privations les ont forcé à se serrer les coudes. Ils partagent leurs sandwiches et même leur préparateur physique qu’ils louent ensemble pour maintenir une condition physique décente. Cette amitié née pendant l’Occupation, restera indélébile et aura des conséquences insoupçonnables pour l’ASSE.
Sitôt sa carrière terminée, Pierre Garonnaire achète un magasin de maroquinerie, rue de Chambon à Saint-Etienne mais il reste en contact avec les dirigeants stéphanois sans trop savoir quel service il pourrait rendre. Le retour de Jean Snella à Geoffroy Guichard sera le détonateur, le chaînon manquant mais tout d’abord c’est Garonnaire qui, en 1950, est le premier décisif en incitant son ami à succéder à Ignace Tax au poste d’entraîneur des professionnels à la demande de Pierre Guichard. Snella était venu lui demander conseil ayant des scrupules à remplacer quelqu’un qu’il connaît si bien et pour lequel il a énormément d’estime. Garonnaire est moins regardant et insiste pour qu’il accepte car il pense que c’est la chance de sa vie. Elle risque de ne pas se représenter d’autant plus que Tax sera remplacé quoi qu’il arrive. Il est donc légitime que cela soit par Jean Snella le plus apte au club à remplir cette fonction.

Jean Snella et Pierre Garonnaire
UN PRECURSEUR
Ce dernier, déjà en avance sur son temps, a besoin d’une personne chargée de recruter des jeunes au potentiel prometteur que Snella se ferait fort de former pour les amener au plus haut niveau. En 1952, alors que cet emploi n’existe nulle part ailleurs, il propose à Garonnaire de remplir ce rôle et il rentre, en tant que bénévole, à la commission sportive du club tout en partageant son temps avec son magasin qu’il gardera d’ailleurs jusqu’à la fin des années 70.
Il se met immédiatement à la tache inventant un nouveau métier, parcourant les campagnes et ce qui fait sa force, installant un réseau d’informateurs qui lui permet d’avoir un regard quasiment partout. Il arpente également les stages des juniors nationaux dispensés par Georges Boulogne qui le voit tout d’abord d’un mauvais œil avant de finalement accepter sa présence. Très tôt, il comprend que le talent n’est pas suffisant pour percer dans le milieu professionnel préférant insister également sur la mentalité et le contexte familial du joueur convoité. Surtout en tant que natif de Saint-Etienne, il sait mieux que personne quels sont ceux qui pourront s’adapter à la dure existence des gens habitués à descendre dans les mines de charbon et ceux qui possèdent les valeurs de combativité, de générosité indispensable pour s’imposer à Geoffroy Guichard.
Petit à petit, il prend ses marques et les premiers joueurs commencent à arriver dans le Forez. Ils ont pour nom, Georges Peyroche, Jean François Bordas, Nello Sbaiz, René Donoyan, Juan Cassado, ou encore Robert Philippe et Ginès Liron. En même temps, il est capable de recruter des joueurs plus confirmés selon les besoins que lui indique Jean Snella et ses deux premiers renforts sont indubitablement Claude Abbes, gardien de renom et futur héros de la Coupe du Monde 1958 qu’il arrache à Béziers en 1952 ainsi que Jacques Foix transféré du Racing Club de Paris en 1953.
Son premier coup d’éclat reste tout de même la signature en 1957 d’un espoir de grand talent, un certain Robert Herbin qu’il a remarqué ayant pris l’habitude de suivre tous les matches de l’équipe de France junior. Il doit se rendre quatre fois à Nice, le lieu de résidence de la famille Herbin car la concurrence est rude pour obtenir l’accord du jeune prodige. D’ailleurs dans un premier temps, son père avait opté pour l’OGC Nice. Il a fallu employer des trésors de persuasion ainsi qu’une substantielle indemnité afin de les faire renoncer à leur projet pour leur fiston. Il a fallu l’intervention décisive de madame Herbin mère, convaincue par les arguments de Garonnaire notamment sur l’épanouissement des jeunes, pour renverser la tendance. Un nouveau duo vient de naître et là encore les conséquences pour l’ASSE seront inquantifiables.

Robert Herbin et Pierre Garonnaire
Le recruteur stéphanois poursuit inlassablement son travail de fourmi et année après année, il recrute tous les grands joueurs qui permettront à l’AS Saint-Etienne de remporter ses trois premier titres de champions de France. Ce n’est alors que justice, si Roger Rocher lui fait signer son premier contrat en 1967. Impensable aujourd'hui: pendant plus de quinze ans, il a travaillé bénévolement pour le plus grand bonheur des Stéphanois. A partir de ce moment-là , ses prérogatives s’élargissent puisqu’il s’occupe également de l’intendance des Verts lors des déplacements, de l’espionnage des futurs adversaires et surtout, il forme avec Robert Herbin, le nouvel entraîneur depuis 1972, un couple aussi performant que celui que Garonnaire avait formé avec Snella.
Il recrute pour son « fils spirituel » tous les joueurs qui se trouveront sur la feuille de match lors de la fameuse finale de la Coupe des Clubs champions à Glasgow en 1976. Un cas peut-être unique dans l'histoire du football. Désormais les deux trajectoires sont liées à tel point que Garonnaire et Herbin font cause commune lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts du club contre Roger Rocher qui a décidé de changer de politique. La crise éclate alors en 1982 sans savoir qu’elle marque le début d’une terrible traversée du désert dont on n’a pas encore vu le bout aujourd’hui provoquant les départs successifs des trois dirigeants.

Pierre Garonnaire embrassant Yvan Curkovic
S’il accepte de rendre encore service à l’ASSE dans les années 90, il deviendra également brièvement un agent de joueurs passant même l’examen en 1995 à l’âge de 79 ans. Il s’éteint trois ans plus tard, le 8 juillet 1998 quelques jours avant que la France ne remporte sa première Coupe du Monde.
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