Voici le vip demandé :
Personnalité : Jean SNELLA (partie 1)
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UNE CARRIERE DE JOUEUR PROFESSIONNEL HONNETE
Jean Snella est né le 9 décembre 1914 à Mengede (aujourd’hui Dortmund). Sa famille d’origine polonaise (Poznan) s’établit dans le bassin houiller du Pas de Calais, à Dourges entre Hénin-Liétard (aujourd’hui Henin-Beaumont) et Lens. Rentré très tôt dans la vie active, il devient apprenti ajusteur aux mines de Dourges puis mécanicien dans la Compagnie Arrageoise de transport public. Il devance l’appel sous les drapeaux pour servir au 3e régiment du génie avec lequel il gagne par trois fois le championnat de France militaire. Ses prédispositions pour le football lui ouvre tout naturellement les portes du grand club du Nord, l’Olympique Lillois (l’ancêtre du LOSC) qui est devenu le premier champion de France de l’Histoire en 1933 année de naissance de l’AS Saint-Etienne. Après quatre années de bons et loyaux services, il accepte la proposition des dirigeants stéphanois et en 1938, il vient renforcer une équipe qui vient d’obtenir son ticket pour jouer en Première Division. Il a vingt quatre ans et tout l’avenir devant lui.
Son acclimatation est remarquablement rapide malgré son épouvantable accent « ch’timi » qui pouvait lui donner bien du fil à retordre lorsqu’il s’agissait de se faire comprendre dans une région où régnait un autre accent quasiment aussi prononcé. Néanmoins, il est attiré par la gentillesse et la disponibilité des stéphanois, mineurs de fonds comme l’a été autrefois son père ce qui explique certainement que le courant est aussi bien passé entre eux.

L’ASSE en 1938-39 avec Jean Snella
La première saison est un véritable succès matérialisé par une très belle et surprenante quatrième place à laquelle il prend une part prépondérante. Il n’est d’ailleurs pas étranger au fait que la défense stéphanoise avec seulement trente buts encaissés est la meilleure du championnat. De telles performances attirent l’attention des sélectionneurs nationaux qui le convoquent pour le match Italie-France à Naples le 4 décembre 1938. Face au champion du monde en titre, il fait preuve à cette occasion d’une étonnante franchise, une marque de fabrique immuable tout au long de sa carrière et qui lui vaudront un immense respect. S’estimant insuffisamment préparé et pensant que d’autres méritaient plus que lui de figurer sur la feuille de match, il refuse sa titularisation qui lui avait pourtant été annoncée par Gaston Barreau, le sélectionneur. La chance ne se représentera jamais plus et il devra se contenter de l’équipe de France B car comme pour beaucoup, la seconde guerre mondiale vient mettre un frein brutal à son ascension.
L’ASSE, JEAN SNELLA ET LA SECONDE GUERRE MONDIALE
Il est mobilisé, participe à la campagne de Belgique et il est fait prisonnier à Evreux. Il parvient cependant à s’évader et à passer la ligne de démarcation d’où il rejoint Saint-Étienne. Il retrouve sa place dans l’équipe première que Pierre Guichard essaie de maintenir coûte que coûte. La situation n’est pas des plus simples et on imagine facilement que la période n’est pas des plus propices à la pratique du football de haut niveau. Jean Snella se blesse sérieusement en 1940-41 et il fait cruellement défaut à l’ASSE qui n’obtient pas des résultats mirobolants.
Avouons que compte tenu des circonstances, les entraînements étaient plus que sommaires à tel point que Jean Snella et Pierre Garonnaire, qui se rencontrent pendant les années d’Occupation, sont obligés de s’offrir un préparateur physique qu’ils sollicitent trois fois par semaine et qu’ils paient 5 francs de l’heure. C’est le début d’une belle amitié entre les deux hommes que le partage des sandwiches dans les trains n’a pu que renforcer. C’est surtout une complicité dont on ne soupçonne pas encore les conséquences pour l’AS Saint-Etienne.

Jean Snella
Nous n’en sommes pas encore là et en 1943, le gouvernement de Vichy, par l’intermédiaire du colonel Pascot, le commissaire au sport, décide purement et simplement de supprimer le professionnalisme qu’il vilipende violemment. Tous les joueurs stéphanois sont reversés d’office dans une équipe régionale créée de toutes pièces et qui s’appelle Lyon-Lyonnais. Pierre Guichard se bat de toutes ses forces contre ces mesures injustes en mobilisant tous les notables de la région (le maire de Saint-Etienne, Antoine Pinay, futur président du Conseil) les mettant à contribution. En désespoir de cause, il conserve dans son effectif, Casy, Ignace Tax, Jean Lauer et Jean Snella qu’il fait passer pour des salariés de Casino. La supercherie est vite éventée et les quatre malheureux sont radiés à vie. En protestation, Pierre Guichard démissionne.
Heureusement, la Libération met un terme à ses mesures grotesques et annule les sanctions prises à l’encontre des fautifs. Le sport peut donc reprendre ses droits. Jean Snella effectue une dernière saison en 1945-46 sans véritablement apporter toute son expérience même si l’équipe obtient une fabuleuse 2e place. Handicapé par des douleurs aux dos récurrentes et par des genoux privés de ses deux ménisques, il est contraint de mettre un terme à sa carrière de joueur.
Une nouvelle vie commence, celle d’entraîneur, un choix de vie qui va l’emmener vers les sommets.
DES DEBUTS PROMETTEURS
Pour sa reconversion, Jean Snella désire entamer une carrière d’entraîneur. Cela tombe bien, Antoine Cuissard a besoin d’un technicien pour venir l’aider à sauver le FC Lorient, une histoire qui lui tient à coeur puisqu’il a été crée par ses grands-parents. Pour ses débuts dans la fonction, c’est un challenge qui forcément l’intéresse et il accompagne l’international français avec qui il a joué à Saint-Etienne.
Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. En moins d’une saison, le club est remis sur les rails, le duo Snella-Cuissard fonctionnant à merveille. Il faut dire qu’avec un tel joueur de talent dans son effectif, toujours sélectionné en équipe de France alors qu’il a désormais le statut d’amateur, Snella peut commencer à mettre en avant les idées qui feront sa force : le football en mouvement pour un seul et unique but, l’offensive.
Ces résultats sont suffisamment éloquents pour qu’il suive à nouveau son protégé qui retourne à Saint-Etienne. On lui propose le poste d’entraîneur des espoirs du club. La formation étant pour lui un sacerdoce, il accepte avec joie. Il perçoit un salaire de 30000 francs par mois et comme il a du temps libre, il tient un bar « Le Bar du Palais » à côté du Palais de Justice.

Jean Snella le formateur
1950 marque un tournant dans la carrière de Snella. Pierre Guichard redevient président de l’ASSE et l’une de ses premières mesures sera de remplacer l’entraîneur en place, Ignace Tax. Il n’est plus jugé comme étant l’homme de la situation et Guichard a bien vu, même s’il n’avait plus de responsabilités officielles jusqu’alors, qu’au sein du club il y avait un formateur qui est en train de préparer la génération future et dont on dit le plus grand bien.
Il lui propose tout simplement de succéder à l’Autrichien et de prendre les rennes de l’équipe première. Dans un premier temps, Jean Snella refuse. Tax est son ami. Ils ont joué ensemble, il a été dirigé par ce grand monsieur qui a tant fait pour l’AS Saint-Etienne dans des circonstances pas toujours favorables. Il ne peut pas lui « voler » son poste. Il faut tout le talent de persuasion de Pierre Garonnaire pour le faire revenir sur sa décision avec un argument imparable. Si ce n’est pas lui, ce sera de toute façon un autre, alors autant que ce soit quelqu’un qui connaisse déjà la maison et en qui les dirigeants ont toute confiance. La transition n’en sera que plus douce. Après bien des hésitations, Snella accepte finalement la proposition et devient le 7e entraîneur de l’histoire du club.
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